Le parallélisme des religions
Généalogie critique de l'astrothéologie, de Dupuis à Zeitgeist
Avertissement sur la méthode
Ce dossier suit une thèse à travers deux siècles de transmission. Il ne la résume pas auteur par
auteur : il choisit quatre affirmations précises et les suit maillon par maillon, en ouvrant chaque
fois le texte original.
Chaque affirmation porte son niveau de preuve :
- [lu] — le texte original a été ouvert et le passage localisé.
- [recension] — l'information vient d'un compte rendu académique, avec sa source.
- [non vérifié] — connaissance non confirmée. Elle est signalée comme telle et n'appuie aucune
conclusion.
Aucune citation, aucune pagination, aucune référence n'a été produite de mémoire. C'est le reproche
central adressé à la tradition étudiée ; le dossier perdrait toute valeur s'il le reproduisait.
Deux règles complémentaires ont été appliquées.
Le silence n'est pas une réfutation. « Réfuté » et « ignoré » sont deux états distincts, et le
dossier les distingue à chaque maillon.
La critique est examinée comme le reste. Beaucoup de réfutations disponibles en ligne viennent
d'apologètes chrétiens. Leur appartenance est signalée, non pour les disqualifier, mais parce qu'un
lecteur doit pouvoir en tenir compte.
1. Le problème, et les trois niveaux de la thèse
La thèse dite astrothéologique est populaire sous une forme unique : les figures religieuses
seraient des personnifications du soleil, et les religions du monde dériveraient d'un fonds astral
commun. Sous cette forme, elle est fausse. Mais elle recouvre trois propositions de statut
entièrement différent, qu'il faut séparer avant toute discussion.
Niveau 1 — Les religions antiques ont une dimension astrale
Consensus total. Ce n'est pas contesté et ne l'a jamais été.
La divination céleste mésopotamienne est attestée à Mari vers 1765 av. J.-C. ; l'Enūma Anu Enlil
compte soixante-dix tablettes ; le zodiaque est fixé vers 450 av. J.-C., les premiers horoscopes
datent de 410 av. J.-C. [recension : Eleanor Robson, BMCR 2005.06.29] Le corpus SAA 8 —
568 rapports astrologiques néo-assyriens — est intégralement en ligne, traduit et sous licence
libre. [lu]
Pour l'Égypte, la démonstration la plus propre est en français et en accès libre : le temple
d'Hathor à Dendérah « a été fondé le 16 juillet 54 av. J.-C., jour du lever héliaque annuel de
Sirius. Comme pour tous les sanctuaires du complexe tentyrite, son axe fut aligné sur l'azimut du
lever de Sirius. » [lu — Éric Aubourg, BIFAO 95 (1995), p. 1] Orientation stellaire réelle,
mesurée, datée, publiée.
Mais ce niveau a ses propres garde-fous, et ils sont sévères. Clive Ruggles, qui a rédigé pour
l'UNESCO les critères d'évaluation des sites archéoastronomiques, pose la règle : « the mere
existence of astronomical alignments in ancient sites does not prove that they were important to
those who constructed and used the sites ». Et il ajoute, sur un cas de candidature rejetée : « the
number of possible observing points and putative astronomical markers could easily be explained away
as chance occurrences emphasised by the judicious selection of data. » [lu]
Surtout, le niveau 1 n'est pas « tout est aligné sur le soleil ». Une enquête récente sur
232 édifices grecs conclut que « the movement of the moon played no role in the orientation of
temples either… sun-related orientation of temples in the way it was assumed in the past never
existed », et que leur orientation supposée est « most probably a scholarly construct ».
[recension : Mylonopoulos, Kernos 35 (2022), sur Boutsikas 2020]
Niveau 2 — Tel culte précis encode un système astral
Contesté, mais publié en presse universitaire. Le cas d'école est le mithriacisme.
Il faut ici distinguer deux propositions qu'on confond systématiquement. Que la tauroctonie
mithriaque soit une carte du ciel est une lecture majoritaire dans le champ, encore défendue en
2017-2019. [recension : BMCR 2019.05.04] Que le culte soit né de la découverte de la précession
des équinoxes par Hipparque, thèse de David Ulansey, est en revanche isolé : « His
interpretation is idiosyncratic, however, and has not been accepted elsewhere, and has been reviewed
rather harshly. » [lu — mithras.tertullian.org, FAQ § 7]
La recension qui a fait autorité est celle de N. M. Swerdlow, historien de l'astronomie ancienne à
Chicago. Elle est en accès libre, et sa formule d'équilibre est la plus utile de tout ce dossier :
« It is not that the cult is not astrological — almost everything in its period is astrological,
and some, perhaps all, Mithraea were decorated with zodiacal signs — but the evidence is lacking
for anything that is not superficial and ubiquitous. »
[lu — Classical Philology 86/1 (1991), p. 61]
Il conclut sur une phrase qui vaut épigraphe à ce dossier :
« One might also suggest, as a general lesson, that the astronomical interpretation of religions is
best not attempted at all — that is, unless you can carry it off like Dupuis. » [lu — p. 62]
Niveau 3 — Tous les dieux sont le soleil
Abandonné depuis 1900. C'est le seul niveau que la tradition étudiée ici défend réellement, et
c'est celui qui s'est effondré — pour des raisons méthodologiques précises, examinées en section 4.
La confusion de ces trois niveaux est le mécanisme central de l'astrothéologie populaire. Elle
établit le niveau 1, qui est incontestable, et conclut au niveau 3, qui ne l'est pas.
2. La chaîne, maillon par maillon
Dupuis (1781-1795) — l'origine, et elle est savante
Charles-François Dupuis publie son système dès 1781, dans un Mémoire sur l'origine des
constellations d'abord paru dans l'Astronomie de Lalande, qui le présente ainsi : « Il contient la
découverte la plus honorable pour l'Astronomie, puisqu'on y voit que tout ce que l'on a chanté,
célébré, adoré, dans l'antiquité, se réduit à des objets astronomiques. » [lu]
Sa thèse tient en une phrase de la préface de 1795 :
« Les Dieux étant la Nature elle-même, l'histoire des Dieux est donc celle de la Nature ; et comme
elle n'a point d'autres aventures, que ses phénomènes, les aventures des Dieux seront donc les
phénomènes de la Nature mis en allégories. » [lu — t. I, Préface, p. x]
Et son projet, sans détour : « Je ne parlerai point des Religions révélées, parce qu'il n'en existe
point, et qu'il n'en peut exister. » [lu — t. I, p. viij]
Il faut lui rendre trois choses. D'abord, il fonde sa méthode sur une source antique réelle —
un passage de Chérémon transmis par Porphyre et Eusèbe, où des prêtres égyptiens déclarent
n'expliquer leurs fables que « par les astres et par le jeu de leurs mouvemens ». [lu — Abrégé, ch. II, pp. 13-14] Dupuis écrit : « Ce sont les savans d'Égypte qui nous ont eux-mêmes tracé la
route que nous avons suivie. » [lu — Abrégé, p. 136]
Ensuite, il fait fabriquer un instrument pour que ses lecteurs le vérifient : un globe céleste
« dont les Pôles sont mobiles, et s'adaptent à la précession des Équinoxes ». [lu — Planches, an III] Et il les y invite : « C'est au lecteur à juger des rapports… Quant aux tableaux célestes,
chacun peut les vérifier avec une sphere. » [lu — Abrégé, pp. 115-116]
Enfin, il sépare explicitement les faits de ses conclusions :
« C'est un fait indépendant de toutes les hypothèses, indépendant de toutes les conséquences que je
veux en tirer, qu'à l'heure précise de minuit, le 25 décembre… le signe céleste qui montait sur
l'horizon… était la Vierge des constellations. […] Je n'examine pas quel motif y a fait placer ces
fêtes. » [lu — Abrégé, pp. 319-320]
C'est plus de scrupule que n'en auront la plupart de ses héritiers.
Où il bascule. Le glissement est identifiable à la phrase près. De « les fêtes chrétiennes sont
calées sur des repères astronomiques », il passe sans intermédiaire à :
« Donc partout le Soleil a le caractère de Christ ; donc Christ n'est que le Soleil. »
[lu — 1795, t. V, p. 337]
Le calage calendaire d'un culte n'a jamais impliqué que le personnage central de ce culte soit une
allégorie astronomique. C'est un non sequitur, et c'est le vice originel de toute la chaîne.
Trois faiblesses structurelles s'y ajoutent. Sa chronologie égyptienne haute repose sur des
datations de zodiaques qui s'effondreront. Son égyptologie est entièrement kirchérienne, donc
fausse : Athanase Kircher est sa première source « égyptienne », avec cinquante-neuf occurrences
dans le seul tome I. [lu] Et sa méthode de correspondance est assez souple pour absorber n'importe
quel récit — il « explique » avec le même jeu de paranatellons Hercule, Isis, Bacchus, Jason, la
Genèse et l'Apocalypse.
Volney (1791) — le vulgarisateur, et il cite sa source
Volney publie Les Ruines en août 1791. Son chapitre XXII est le texte qui a fait connaître la
thèse au grand public européen :
« toute la base de votre système n'est que le culte du soleil, dont vous avez rassemblé les
attributs sur votre principal personnage. C'est le soleil qui, sous le nom d'Orus, naissait, comme
votre dieu, au solstice d'hiver, dans les bras de la vierge céleste. » [lu]
Il crédite Dupuis nommément, dans l'édition originale. Note 48, p. 369 : « L'orateur historien
suit ici l'opinion de M. Dupuis, qui, dans son savant Mémoire sur l'origine des constellations, a
rassemblé beaucoup de motifs très-plausibles… » ; note 33, p. 359 : « Voyez l'excellent Mémoire de
M. Dupuis sur l'origine des Constellations : in-4°, Paris 1781, chez Dessaint. » [lu — exemplaire d'août 1791, Université de Lausanne]
Dans l'autre sens, le silence est total : Dupuis ne nomme jamais Volney. [lu]
Un détail matériel suggère un contact direct : les deux hommes citent le même manuscrit sous le
même numéro — Volney « un manuscrit arabe, n° 1165 » de la bibliothèque du roi en 1791, Dupuis
« un manuscrit Arabe de la Bibliothèque Nationale, n° 1165 » en 1795. [lu]
Higgins (1836) — le pivot, et le maillon que personne n'a lu
Godfrey Higgins, gentleman du Yorkshire, magistrat, sans formation universitaire, consacre vingt ans
à l'Anacalypsis. Sa thèse : « one universal religion — that of Buddha or Cristna — pervaded the
whole of the old world », portée par « a race either of Negroes or Blacks » venue de l'Inde.
[lu — vol. I, pp. 359 et 59]
Sa méthode est déclarée en préface, et elle est le contraire d'un secret :
« in my explanations of words and etymologies I proceed upon the principle of considering all the
different systems of letters, Sanscrit excepted, to have formed originally but one alphabet »
[lu — vol. I, p. ix]
Et sur l'étymologie, en réponse à William Jones qui dénonçait « the licentiousness of etymologists » :
« I most heartily join in the protest, though I think etymology the grand and only telescope by
means of which we can discover the objects of far distant and remote antiquity. » [lu — vol. I, p. 23] Il assume la circularité : « I shall be told I have a theory. This is very true : but how is
it possible to make any sense out of the mass of confusion without one ? » [lu — vol. I, p. 275]
Le fait matériel décisif du dossier est ici. Higgins écrit dans sa préface :
« I am convinced that a taste for deep learning among us is fast declining… which is one reason
why I have only printed two hundred copies of this work » [lu — vol. I, p. vii]
Deux cents exemplaires, vendus 5 £ chez Longman le 20 août 1836. [lu — The Athenaeum n° 460]
C'est pourquoi personne ne l'a vérifié : le livre était matériellement introuvable.
Réfuté ou ignoré ? Ignoré, et la preuve est contemporaine. Un dépouillement OCR d'environ
2 000 fascicules de périodiques anglais de 1836 à 1885 — Athenaeum, Gentleman's Magazine,
Westminster Review, Literary Gazette, Notes and Queries — ne trouve aucun compte rendu
critique. La seule occurrence dans l'Athenaeum est une annonce payante. [lu]
Et un lecteur pose publiquement la question en 1851 :
« Godfrey Higgins' Works. — Have the works of Godfrey Higgins (the Celtic Druids and the
Anacalypsis) ever been reviewed, and where ? if not, can any of your readers inform me what is the
opinion generally entertained of these productions ? OUTIS. »
[lu — Notes and Queries, 1re série, vol. IV, n° 96, 30 août 1851, p. 152]
La seule réponse, cinq mois plus tard, ne cite qu'une brochure visant un autre livre. Personne ne
nomme un compte rendu. En 1851, la question était déjà posée, et déjà sans réponse.
Le seul jugement d'époque est une nécrologie : « His opinions, both in religion and politics, were
levelling and destructive ; but his personal manners were mild and courteous. » [lu — Gentleman's Magazine, oct. 1833]
L'ouvrage est posthume et inachevé : « The Author lived to revise only the first four sheets of this
volume. » [lu — vol. II, p. viii] Son éditeur y ajoute un désaveu explicite de la thèse centrale.
Graves (1875) — la popularisation, et la perte des références
Kersey Graves publie The World's Sixteen Crucified Saviors. Sa dette est avouée dès la préface, et
elle explique tout :
« many of the most important facts collated in this work were derived from Sir Godfrey Higgins'
Anacalypsis, a work as valuable as it is rare… One of these copies the author of this work
obtained, at no inconsiderable expense, long enough to glean from its pages such facts as he
presumed would be most interesting » [lu]
Un exemplaire emprunté, à prix élevé, pour une durée limitée, avec sélection par ce qu'il « présume »
intéressant. Les « deux cents autres documents historiques inattaquables » qu'il revendique ne sont
jamais listés : le livre ne contient aucune bibliographie. [lu]
Sur les seize cas de crucifixion, six portent une référence formellement vérifiable, dix n'en
portent aucune — et le cas central, Krishna, est dans le second groupe. [lu]
Et il désavoue son propre livre, dans le chapitre qui lui donne son titre :
« Note. — The author desires it to be understood with respect to the cases of crucifixion here
briefly narrated, that they are not vouched for as actual occurrences, of which there is much
ground to doubt. […] he deems it unimportant to know, if it could be determined, whether they are
fact or fiction, or whether one God was crucified, or many. […] Six will prove it as well as
sixteen. » [lu — ch. XVI]
Sur les 346 parallèles Christ/Krishna, il avoue en avoir fabriqué une partie : certaines doctrines
« are not found in the reported teachings of that deified moralist. But as they appear to breathe
forth the same spirit, it is presumed he would have indorsed them. » [lu — ch. XXXII]
Une correction à la légende courante : Graves n'écrit nulle part avoir travaillé « de mémoire ».
La formule qu'on lui prête n'est pas dans le texte. Ce qui y est est plus grave et mieux sourcé :
non-garantie des faits, dates désavouées, attribution par présomption.
Réfuté ou ignoré ? Ignoré, puis réfuté tardivement par son propre camp. Richard Carrier, athée et
mythiste, publie en 2003 : « unreliable, but no comprehensive critique exists. Most scholars
immediately recognize many of his findings as unsupported and dismiss Graves as useless. » [lu] Et
Internet Infidels, site athée qui héberge le livre, l'assortit d'un avertissement : « readers should
be extremely cautious in trusting anything in this book. » [lu]
Massey (1881-1907) — l'apport égyptien, et deux surprises
Gerald Massey, poète chartiste autodidacte devenu égyptologue amateur, est la source de tout le
matériel « Horus = Jésus » moderne.
Première surprise : il réfute la crucifixion de Krishna. Loin de reprendre Higgins et Graves —
qu'il ne cite jamais, l'Anacalypsis ayant zéro occurrence dans son œuvre — il écrit :
« An immeasurable mistake has been made by thinking the nail-mark was necessarily a sign of
crucifixion. […] The Cruciform Witoba has the marks of Nails in the palms of his hands and feet,
but there is no crucifix behind him, nor does he represent a person nailed to the cross. »
[lu — The Natural Genesis I, p. 437]
Mise en garde matérielle : l'édition électronique de ce texte qui circule en ligne ajoute entre
crochets « [from Higgins, Anac] » à sa note. Ce crochet est un ajout de l'éditeur moderne, absent
des deux scans de 1883. [lu]
Seconde surprise : l'annonciation de Louxor n'est pas de lui. Elle est de Samuel Sharpe,
banquier unitarien, en 1863 — dix-huit ans plus tôt :
« In this picture we have the Annunciation, the Conception, the Birth, and the Adoration, as
described in the First and Second Chapters of Luke's Gospel »
[lu — Egyptian Mythology and Egyptian Christianity, pp. 18-19]
Massey la reprend en 1881 en citant Sharpe (note 2, p. 406 : « Sharpe, Egyptian Mythology,
p. 18 »). Puis, en 1883, la note disparaît. [lu] Et dans une conférence orale, les « trois
figures humaines » de 1881 deviennent « three spirits — the Three Magi, or Kings of the Legend » —
formule absente de 1883 comme de 1907. [lu]
Sur les douze disciples zodiacaux, en revanche, il travaille sur un texte égyptien réel : les
douze moissonneurs du Livre des Portes, dans la tombe de Ramsès VI, qu'il cite d'après la traduction
de Lefébure dans Records of the Past. [lu] Le saut n'est pas dans le texte égyptien : il est dans
l'identification de ces douze aux apôtres, qui repose sur Irénée — une doctrine valentinienne du
II{sup}e{/sup} siècle.
Sa méthode, il la déclare : « although I am able to read the hieroglyphics, nothing offered to you is
based on my translation. I work too warily for that ! » [lu] Et il fait vérifier ses faits par
Samuel Birch, du British Museum. [lu] Mais il ne cite jamais Gayet — la seule publication
complète des reliefs de Louxor, parue en 1894, treize ans avant son dernier livre. [lu]
Acharya S / D.M. Murdock (1999-2004) — le terminus
The Christ Conspiracy (1999) est l'aboutissement. Un relevé quantitatif de ses 952 notes suffit à
en décrire l'appareil : Barbara Walker 158, Higgins 96, Massey 77, Doane 77. Ces quatre sources
totalisent 43 % des notes ; aucune n'est une source primaire, trois sont du XIX{sup}e{/sup} siècle.
Frazer : 6 notes. Dupuis et Volney : zéro — alors que la thèse zodiacale du livre est
littéralement la leur. [lu]
Les sources primaires indiennes sont absentes : Mahabharata 0, Vishnu Purana 0, Bhagavad Gita 0,
Puranas 0. [lu]
Mais il faut être juste dans les deux sens. Suns of God (2004) titre son chapitre « Krishna
Crucified**?** », ouvre sur le récit orthodoxe exact — « he was shot in the foot by a hunter's arrow
while under a tree » — abandonne le 25 décembre pour les vraies dates de Janmashtami, et écrit :
« That Krishna had 12 disciples is not found in the orthodox account. » [lu] Elle démonte un
parallèle qui la servait.
Elle exerce même la critique de source qu'on lui reproche de ne pas faire, sur un de ses propres
auteurs : « a fascinating but un-cited claim. » [lu]
Le reproche défendable n'est donc pas l'absence de correction. C'est l'absence de rétractation
traçable : The Christ Conspiracy continue d'être vendu avec le texte de 1999 intact.
Réfutée, elle, et nommément — Ehrman (2012), Casey (2014), Carrier (2004, 2012, 2022). C'est le
seul maillon de la chaîne à avoir reçu une réfutation académique explicite, précisément parce
qu'Internet lui a donné une audience que ses prédécesseurs n'avaient pas.
Deux maillons qui n'en sont pas
Frazer est constamment invoqué et n'appartient pas à cette chaîne. Il rejette explicitement
la lecture solaire : l'identification d'Osiris au soleil est, écrit-il, « minute in quantity and
dubious, where it is not absolutely worthless, in quality ». [lu — ch. XLII] Il est un théoricien
de la végétation, pas de l'astre. Krishna crucifié : absent. Zodiaque : zéro occurrence dans
l'édition abrégée. [lu]
Et il affirme l'historicité de Jésus, dans une note ajoutée de sa main :
« I desire to point out explicitly that my theory assumes the historical reality of Jesus of
Nazareth… The doubts which have been cast on the historical reality of Jesus are in my judgment
unworthy of serious attention. […] To dissolve the founder of Christianity into a myth, as some
would do, is hardly less absurd than it would be to do the same for Mohammed, Luther, and Calvin. »
[lu — The Scapegoat, 1913, appendice, p. 412 n. 1]
Cette note est dans l'édition en douze volumes. L'édition abrégée de 1922 — celle que tout le monde
cite — ne contient pas l'appendice. Toute citation de ce texte sans sa note est une falsification
par omission.
Hamlet's Mill (1969) répudie Frazer explicitement : « some distance has been made well away
from the fertility rites of Frazer and others, which accounted for things too patly. » [lu] Les
deux cadres sont rivaux ; leur fusion est un artefact aval.
Son statut mérite une précision, parce qu'on répète souvent que le livre n'a jamais reçu de réponse.
C'est faux. Au moins sept recensions en cinq disciplines paraissent en cinq ans, dont six pages
dans le Journal for the History of Astronomy par Cecilia Payne-Gaposchkin, qui identifie
correctement la proposition porteuse et tranche :
« They may have done so; it is notoriously difficult to prove a negative. But to use the myths as
evidence that they did, and then to use this conclusion to interpret the myths, smacks of a
circular argument. » [lu — JHA iii (1972), pp. 206-211]
Elle conclut « not proven », pas « réfuté ». La différence compte. Le manuel de référence du domaine
porte aujourd'hui : « Now discredited and of historical interest only. » [lu — Ruggles, *Ancient Astronomy*, 2005, p. 459]
La raison structurelle du dossier est ailleurs : la revendication empirique sous-jacente avait été
tranchée dix-neuf ans avant le livre, par Neugebauer, « The Alleged Babylonian Discovery of the
Precession of the Equinoxes », JAOS 70 (1950). La littérature technique n'a pas eu à réfuter
Hamlet's Mill ; elle avait déjà réglé la question.
Le vecteur principal de ce livre vers le grand public n'est d'ailleurs pas l'astrothéologie mais
Graham Hancock, Fingerprints of the Gods (1995), avec une cinquantaine de renvois. [lu] Dans le
Zeitgeist Sourcebook, Hamlet's Mill n'est cité qu'une fois, et de seconde main — la note
renvoie au propre livre de Murdock. [lu]
3. Les quatre affirmations traçantes
C'est le cœur du dossier. Chaque affirmation est suivie de son apparition à son état terminal.
3.1 « Krishna a été crucifié »
C'est l'affirmation la plus citée, et sa généalogie est entièrement documentable.
Dupuis (1795) — absent. « Krishna » et toutes ses variantes : zéro occurrence dans les douze
volumes, l'in-4°, l'atlas et l'Abrégé. « Wittoba » : zéro. [lu]
Ce que Dupuis écrit, sous la graphie « Chrisnou », d'après Kircher : le dieu « prend le titre de
Bouvier, de Pasteur, et d'homme blessé à la poitrine » ; sa mère « se sauva avec son fils, qui
tua ensuite le Géant » ; et « Chrisnou voyagea par toute la terre pour châtier les méchans, et fut
ensuite enlevé au Ciel. » [lu — in-4° t. III, pp. 301-303]
Chez Dupuis, Chrisnou n'est ni mis à mort ni crucifié. Il échappe, il tue, il est enlevé. Le seul
élément passionnel est une épithète : « homme blessé à la poitrine ». C'est le germe.
Moor (1810) — la source, et elle dit le contraire. Edward Moor décrit dans The Hindu Pantheon
une image de Wittoba au pied percé (planche 11, fig. 6) dont il avoue ignorer l'origine : « I do not
know of any mention of it in any author ». Et il décrit séparément une planche 98, apportée par
un marchand :
« The subject of plate 98 is evidently the crucifixion ; and, by the style of workmanship, is
clearly of European origin, as is proved also by its being in duplicate. These crucifixes have
been introduced into India, I suppose, by Christian missionaries » [lu — pp. 418-420]
Higgins (1836) — la déformation, et il cite lui-même la phrase qui le contredit. Higgins avoue
d'emblée que sa source principale ne dit rien de tel : « the crucifixion is not stated by him ; but
my authority for the assertion I shall adduce presently. » [lu — vol. I, p. 131] Les autorités
annoncées se réduisent à deux.
La première est Guigniaut, cité en français — et le texte dit que Krishna « fut percé d'un coup de
flèche ». [lu — vol. I, p. 144] C'est le récit orthodoxe du Mausala Parva. Higgins le traduit
par « the nailing of Cristna to the fatal tree ».
La seconde est Moor. Et Higgins reproduit intégralement la phrase « clearly of European origin ».
Il intitule sa section « Moore's Observations refuted ». Il sait qu'il travaille contre sa source.
Il commet en outre deux fautes vérifiables. Il fusionne deux objets distincts — la planche 11
fig. 6 et la planche 98. Et il déclare la marque sur la poitrine « unexplained » alors que Moor
l'explique en détail sur les pages mêmes qu'il cite : c'est l'empreinte du pied du sage Bhrigu,
légende vishnouite classique. Higgins reprend même une formule de Moor tirée de ce passage.
[lu — vol. I, p. 146 contre Moor pp. 418-419]
Mais sa conclusion réelle est conditionnelle, et à trois branches :
« it is pretty clear that the Romish and Protestant crucifixion of Jesus must have been taken from
the Avatar of Ballaji, or the Avatar of Ballaji from it, or both from a common mythos. »
[lu — vol. I, p. 147]
Et il renvoie au lecteur : « he must judge for himself ». Il écrit quatre fois « I cannot help
suspecting ».
Il a même entendu l'explication indienne correcte des marques — « Learned Indians, to whom I have
spoken on this subject, say, it is the discus » — et l'a écartée. [lu — vol. I, p. 750]
Ironie qu'il faut signaler : Higgins soutient par ailleurs que Jésus n'a pas été crucifié.
Chapitre entier au volume II. [lu]
Graves (1875) — la dégradation de modalité. Graves écrit noir sur blanc qu'il n'a pas vu les
planches : « Mr. Higgins, who examined this work… which we will here condense. » [lu] Il cite
Higgins six fois dans cette section sans un seul renvoi de volume ni de page, alors qu'il en
donne ailleurs dans le même chapitre.
Ce qu'il supprime en condensant : l'aveu de la source, le titre polémique « Moore's Observations
refuted », l'alternative à trois branches, et la réserve. Ce n'est pas une falsification, c'est une
dégradation de modalité. Le conditionnel devient un fait de liste numérotée : « 123. Chrishna, as
well as Christ, was crucified. » [lu — ch. XXXII]
Massey (1883) — la rupture. Il refuse l'affirmation, comme on l'a vu.
Acharya S (1999) — la transmission fidèle d'une source fausse. La puce « In some traditions he
died on a tree or was crucified between two thieves » ne porte aucune note, alors que celle qui
précède et celle qui suit en portent — vérifié sur deux couches de texte indépendantes. [lu] La
puce voisine, sur l'iconographie, renvoie à « Graves, WSCS, 104-5 ».
Cette note, je l'ai vérifiée moi-même. Elle est fidèle : Graves écrit bien « To his collar or
shirt hangs an emblem of a heart, represented in the same manner as those attached to the imaginary
likenesses of Jesus Christ ». [lu]
Bilan de la chaîne. La rupture ne se situe ni chez Acharya S, ni entre Higgins et Graves au sens
d'une invention. Elle se produit en deux temps :
- Moor → Higgins : rupture documentaire. Deux objets fusionnés, une explication disponible
ignorée, une flèche devenue un clou.
- Higgins → Graves : rupture modale. Une hypothèse conditionnelle à trois branches devient un
fait numéroté sans référence.
Ce que dit un indologue de la thèse, on le lit partout sous la forme « absolute and complete
nonsense ». La chaîne de garde de cette citation doit être donnée : elle provient d'une
conversation téléphonique privée du 6 septembre 2001, rapportée par Mike Licona, apologète
évangélique (Risen Jesus Ministries, Houston Christian University), en note 22 de sa réfutation.
[lu] Il n'existe aucune trace publiée, signée ou contrôlable d'Edwin Bryant sur ce point. La
citation est utilisable — accompagnée de cette chaîne de garde. Elle ne peut pas être présentée comme
une déclaration publique.
3.2 « Né le 25 décembre d'une vierge »
C'est l'affirmation où la thèse populaire est partiellement défendable, et où l'honnêteté du
dossier se joue.
Dupuis (1795) — présent, et c'est le cœur du dispositif. Il aligne un vrai dossier documentaire :
Servius sur Énéide VII, 720 ; Macrobe ; le calendrier romain de 354 via l'Uranologion de Petau ;
et un témoignage patristique réel — des docteurs du temps de Léon I{sup}er{/sup} disaient « que ce
qui rendoit la fête vénérable, étoit encore moins la naissance de J.-C., que le retour… que la
nouvelle naissance du Soleil ». [lu — t. V, pp. 117-118]
Pour la Vierge, il cite Abū Maʿshar via la sphaera persica de Scaliger : une vierge « allaitant un
jeune enfant, que quelques-uns nomment Jésus, et que nous appelons en grec le Christ ». Et il
triomphe : « Que demande-t-on davantage ? On vouloit qu'il fût nommé. Il l'est, et il l'est sous ses
deux noms. » [lu — t. V, pp. 135-138]
Volney (1791) — forme voisine, et la nuance est importante. Volney écrit « solstice d'hiver »,
jamais « 25 décembre ». Sa « vierge » est explicitement la constellation. [lu] La date
calendaire précise est un durcissement postérieur.
Higgins (1836) — présent, mais il concède le contraire pour Krishna. Répondant à l'objection que
Krishna eut père et mère, il écrit : « I answer, that respecting their births they differ […] It
does not appear from the histories, which we have yet obtained, that the immaculate conception has
been taken from the history of Cristna. » [lu — vol. I, p. 139]
Graves (1875) — présent, sans sources. La liste des dieux nés le 25 décembre est donnée
« according to their respective histories » — aucune de ces histoires n'est identifiée. [lu]
Frazer (1922) — présent, et c'est la source de toutes les reprises. Le passage du chapitre XXXVII
sur le cri « The Virgin has brought forth ! » est le texte le plus recopié de toute la littérature.
[lu]
Mais l'édition abrégée supprime les notes, et les notes changent tout. Dans l'édition complète,
Frazer indique que le cri vient de Cosmas de Jérusalem, texte chrétien du VIII{sup}e{/sup}
siècle ; et il expose lui-même l'hypothèse rivale :
« A different explanation of Christmas has been put forward by Mgr. Duchesne. […] Thus on Mgr.
Duchesne's theory the date of the Nativity was obtained by inference from the date of the
Crucifixion. » [lu — Adonis Attis Osiris I, p. 305 n. 4]
Acharya S (1999) — présent, sourcé sur Graves. Et pour Horus comme pour Mithra, aucune note.
[lu] En 2004, elle abandonne le 25 décembre pour Krishna. [lu]
L'état réel du dossier aujourd'hui : les deux camps perdent.
La thèse populaire suppose qu'Aurélien a institué en 274 une fête de Sol Invictus au 25 décembre.
J'ai fait compter les occurrences dans la Vita Aureliani de l'Histoire Auguste : December = 0,
solstice = 0, natalis = 0, Invicti = 0. [lu, en traduction anglaise] La biographie mentionne
un temple, aucune fête, aucune date.
Steven Hijmans le formule : « there is no evidence that Aurelian instituted a celebration of Sol on
that day ». Les jeux qu'Aurélien institue réellement sont en octobre. Et au calendrier de 354, la
grande fête de Sol est celle du 19-22 octobre, avec 36 courses, contre 30 le 25 décembre : « If the
aim was to "neutralize" the cult of Sol by "taking over" its major festival, December 25th seems the
least likely choice. » [lu — thèse Groningen 2009, pp. 588-591]
L'entrée du 25 décembre est d'ailleurs anormale à quatre égards — seul jour de course dont le nombre
n'est pas multiple de douze ; seule entrée de tout le calendrier où natalis n'est pas suivi du nom
du dédicataire mais d'une simple épithète ; le mot Sol n'y figure pas ; et le solstice d'hiver n'y
est pas marqué, alors que le solstice d'été l'est. [lu] J'ai vérifié ces trois derniers points
directement sur le texte du calendrier. [lu]
Et la source de Frazer a été falsifiée. Le « Syrian writer » est un scholiaste postérieur à Bar
Salibi, mort en 1171. Usener, qui l'a introduit dans le débat, traduit « fête du lever du soleil »
par « anniversaire du dieu soleil », et supprime le « it is said » qui en faisait un ouï-dire.
[lu — Hijmans, p. 594]
Mais l'hypothèse rivale n'a pas gagné. Duchesne, qui l'a fondée en 1889, l'écrit lui-même :
« Cette explication serait plus facilement acceptable si on la trouvait toute faite dans quelque
auteur ; malheureusement, il reste encore à produire un texte qui la contienne et l'on est réduit
à la supposer. » [lu — Origines du culte chrétien, p. 253]
Et il refuse l'exclusivité : « je ne voudrais pas dire que, en ce qui regarde le 25 décembre, la
coïncidence du Sol novus n'ait exercé aucune influence ». [lu — p. 254]
Andrew McGowan conclut : « In the end we are left with a question: How did December 25 become
Christmas? We cannot be entirely sure. » [lu] Et la synthèse historiographique de référence
constate que Hijmans et Förster contestent les deux hypothèses et que leurs travaux « reveal the
need for a more nuanced approach ». [recension : Nothaft, Church History 81/4 (2012), résumé]
Ce qui s'est effondré, c'est la thèse Usener/Aurélien. Ce qui l'a remplacée n'est pas un consensus.
Richard Carrier a concédé, et c'est datable. En 2016 il écrivait la version populaire : « the 25th
of December was chosen to perpetuate pagan worship of the return of the sun ». [lu] En 2021 :
« There is no ancient evidence that any god, sun-god or otherwise, was born on December 25th. Horus
was not born on December 25th. Mithras was not born on December 25th. No god was born on December
25th. So please. Stop saying this. » [lu]
« There is no astrotheology whatever in early Christianity » [lu]
Il maintient en revanche l'attribution à Aurélien, sans citer de source, et sans jamais mentionner
Hijmans, qu'il ne cite nulle part. [lu]
3.3 « Douze disciples = douze signes du zodiaque »
Dupuis (1795) — l'origine, et elle est explicite.
« le nombre des Apôtres, qui forment le cortège de Christ… est absolument celui des signes et des
génies secondaires, tutélaires des signes, que parcourt le Soleil durant sa révolution. »
[lu — t. V, p. 138]
Il en donne une liste comparative de quatorze occurrences du nombre douze, et rattache les travaux
d'Hercule aux signes en s'appuyant sur des sources antiques réelles — Porphyre et le scholiaste
d'Hésiode. [lu — Abrégé, ch. V, p. 109]
Volney (1791) — présent dès l'édition originale.
« Pierre portier est Janus avec ses clefs et son front chauve : les 12 apôtres sont les génies des
12 mois, &c. » [lu — note 97, p. 403, exemplaire d'août 1791]
Note philologique. L'édition de 1791 imprime « 12 » en chiffres arabes ; une recherche plein texte
sur « douze apôtres » y renvoie zéro résultat, ce qui donne l'illusion d'une addition posthume. C'est
l'édition de 1822, et à sa suite le texte électronique courant, qui développe les numéraux. La note
est bien de 1791.
Noter aussi la formulation : « génies des douze mois », non « signes ». Le passage aux signes est
une reformulation ultérieure.
Higgins (1836) — la reformulation, et il crédite Dupuis.
« The number of the twelve apostles… is that of the signs, and of the secondary genii, the tutelar
gods of the Zodiacal signs which the sun passes through in his annual revolution. […] In Dupuis
many other striking circumstances relating to the number twelve may be seen. »
[lu — vol. I, pp. 781-782]
Il ajoute une source antique : Clément d'Alexandrie rapportant que le valentinien Théodote soutenait
que « the twelve apostles held, in the church, the same place that the signs of the Zodiac held in
nature ». C'est une allégorèse gnostique du II{sup}e{/sup} siècle — un témoignage de réception, pas
une preuve d'origine.
Point capital : chez Higgins, l'argument concerne Jésus, jamais Krishna. Zéro occurrence associant
« Cristna » et « disciples ». [lu]
Graves (1875) — absent. signs of the : zéro occurrence. Les douze disciples n'apparaissent
que comme parallèle historique. [lu] L'affirmation ne passe donc pas par ce maillon.
Massey (1907) — présent, sur un texte égyptien réel. Les douze moissonneurs du Livre des Portes,
d'après Lefébure. [lu]
Frazer — absent. zodiac : zéro occurrence dans l'édition abrégée. [lu]
Acharya S (1999) — un chapitre entier. Ses notes renvoient à Massey, Higgins (vol. I, 781-782,
c'est-à-dire exactement le passage ci-dessus), et à Eusèbe — une vraie source primaire,
correctement employée. [lu] En 2004, elle écrit que Krishna n'a pas douze disciples dans le récit
orthodoxe. [lu]
Une discordance à signaler : une note attribue au texte de Hazelrigg une référence qui renvoie à
Anderson. Constatée, non résolue. [non vérifié]
3.4 « L'annonciation de Louxor préfigure celle de Luc »
Dupuis, Volney, Higgins, Graves, Frazer, Müller, Lang — absents. Zéro occurrence chez tous,
toutes graphies testées. [lu]
C'est chronologiquement nécessaire : les reliefs ne sont publiés qu'à partir de la Description de
l'Égypte (1809).
Sharpe (1863) — l'origine réelle. Le schéma en quatre panneaux — Annonciation, Conception,
Naissance, Adoration — et le renvoi à Luc 1-2 sont intégralement de lui. [lu]
Massey (1881-1907) — la transmission, avec effacement progressif de la source. Cité en 1881, la
note disparaît en 1883, réapparaît en 1907 réduite à une mention de provenance du dessin. [lu]
Acharya S (1999) — sans note. Le passage sur Louxor ne porte aucune référence ; la seule note
du voisinage renvoie à Massey, sans pagination, et porte sur un autre sujet. [lu]
Ce que montrent réellement les reliefs. D'après Breasted, qui publie les inscriptions :
- Le cycle n'est pas original : c'est une copie de celui d'Hatchepsout à Deir el-Bahari, avec
substitution des noms.
[lu — § 841]
- Il ne se trouve pas dans le saint des saints mais « in the first chamber on the east of the holy
of holies ».
[lu]
- Il compte treize scènes, plus un cycle de couronnement. Les « quatre scènes » sont un extrait
arbitraire.
[lu — §§ 192-212]
- La scène de l'Annonciation ne contient aucune annonce : « Inscriptions : They unfortunately
contain only titles and epithets of praise, so that the purpose of the interview is not clear. »
[lu — § 204] Sharpe l'a inférée d'un bras tendu ; Massey a hérité de l'inférence.
- La scène de conception est un rapport sexuel explicite, le dieu ayant pris la forme du mari :
« He made his form like the majesty of this husband… coivit cum ea ».
[lu — §§ 196-197] C'est
l'inverse exact d'une conception virginale.
- Le dieu n'est pas Kneph mais Amon ; Khnoum n'intervient qu'au tour de potier.
[lu — § 195]
- Les « trois mages » sont trois divinités trônantes recevant des ka.
[lu — § 210]
L'enfant est d'ailleurs systématiquement dédoublé en enfant et ka. Massey le sait et le
mentionne dans ses conférences — sans en tirer aucune conséquence pour sa lecture christologique.
[lu]
L'échange Carrier–Murdock, et il faut le donner dans les deux sens. Carrier corrige en 2004 puis
en 2012 : « Amun, not Thoth, announces the conception » ; « the adoration scene only involves
important state officials… not kings or magi » ; « The Luxor inscription also does not depict
impregnation by a spirit, but involves very real sex ». [lu]
Mais Carrier s'est trompé aussi, et il le reconnaît : « the actual inscription in the Luxor temple
was probably produced almost a century after Hatshepsut, and thus not commissioned by the same queen
as I had mistakenly reported. » [lu] Murdock avait raison sur ce point précis.
Et elle a amendé sa position : sur son site, la reine est devenue Mutemwiya et l'enfant
Amenhotep III ; les « mages » sont requalifiés en convention rhétorique de Massey ; et elle cite
enfin de vrais égyptologues. [lu] Jamais présenté comme une correction.
4. Le moment de la rupture : pourquoi la mythologie solaire s'effondre vers 1900
Il faut d'abord dissiper une confusion. La mythologie solaire savante et l'astrothéologie populaire
sont deux courants disjoints. Un dépouillement du corpus de Max Müller et d'Andrew Lang donne, pour
Dupuis, Volney, Godfrey Higgins et Kersey Graves : zéro occurrence. [lu]
Le seul point de contact documenté est un rejet. En 1873, Müller consacre une conférence à
démolir Louis Jacolliot, ancêtre français direct du dossier populaire, qui dérivait Christ de
Krishna :
« Many of the words which M. Jacolliot quotes as Sanskrit are not Sanskrit at all ; others never
have the meaning which he assigns to them ; and as to the passages from the Vedas… they are not
from the Veda, they are not from any old Sanskrit writer, — they simply belong to the second half
of the nineteenth century. » [lu — Introduction to the Science of Religion, pp. 325-329]
Et il ajoute, prophétiquement : « Even then, I doubt not that his statements will continue to be
quoted for a long time. »
La thèse de Müller, et son doute
Müller est philologue et prétend faire de la science. Sa thèse est que la mythologie naît d'une
« diseased language » : « whenever those steps are forgotten and artificial steps put in their
places, we have mythology, or, if I may say so, we have diseased language. » [lu — Lectures, 2{sup}e{/sup} série, p. 358]
Précision philologique. La formule canonique « a disease of language », qu'on attribue
universellement à l'essai de 1856, ne s'y trouve pas — grep sur deux scans distincts. Ce qu'on y
lit est « an infantine disease », dans un essai de 1867. [lu] Les formulations authentiques sont
localisables ailleurs.
Müller a douté de son propre système, et l'a écrit :
« The difficulty which I myself have most keenly felt is the monotonous character of the dawn and
sun legends. "Is everything the Dawn ? Is everything the Sun ?" This question I had asked myself
many times before it was addressed to me by others. » [lu — Lectures, 2{sup}e{/sup} série, p. 501]
Littledale (1870) : le test de falsifiabilité
En 1870 paraît dans Kottabos, revue de Trinity College Dublin, « The Oxford Solar Myth ». Le texte a
été retrouvé et lu dans deux éditions indépendantes et concordantes. [lu]
Il applique la méthode de Müller à Müller lui-même. Max est Maximus ; Müller vient de la racine
mar, « broyer » : « the hero's name means simply "Chief of Grinders" » — donc « the Sun-God, armed
with his hammer or battle-axe of light, pounding and crushing frost and clouds ». Son père Wilhelm est
la Nuit. Oxford est le gué que le Soleil traverse. Sa défaite à l'élection de la Boden Chair, face à
Monier Williams, devient « the black clouds assembling from all quarters of the heavens, to hide the
brightness of the Sun ». [lu]
Ce n'est pas une moquerie, et quatre traits internes le montrent.
D'abord, il applique le protocole complet — étymologie racinaire, comparatisme indo-européen,
réfutation d'interprétations rivales : « The interpretation Μεγαρικὴ γῆ, though ingenious, is
untenable. »
Ensuite, il énonce la non-falsifiabilité en toutes lettres : si le héros venait du Nord, du Sud ou
de l'Ouest plutôt que de l'Est, « the difficulty to be overcome, though by no means insurmountable,
would be considerable ». Autrement dit : aucune donnée contraire ne pourrait réfuter la thèse.
Ensuite, il travaille sur un cas où la vérité est connue de tous les lecteurs : Müller est vivant, à
Oxford, en 1870. On sait que la conclusion est fausse ; donc la méthode qui y mène est invalide.
Enfin, les faits qu'il emploie sont exacts — la Boden Chair, le mariage avec Georgina Grenfell,
les Védas commandés par Bunsen. Seule l'interprétation est truquée.
Point souvent perdu : la parodie est dédiée « without permission » à George W. Cox, le disciple le
plus extravagant de Müller. Elle vise l'école, en prenant le maître pour cobaye.
Müller a répondu — au genre, jamais à Littledale, qu'il ne nomme nulle part :
« nearly all the more or less ponderous squibs that have been written of late years against
Comparative Mythology, are intended to show the dangers of the Analogical School. Napoleon,
Mr. Bright, and even I myself have been dissolved into solar legends… Here nothing can safeguard
the mythologist but proper names » [lu — Natural Religion, 1889, p. 487]
C'est sa ligne de défense : la rigueur phonétique sur les noms propres le protège. C'est ce
garde-fou que Lang va lui retirer.
Précédent français à signaler. Jean-Baptiste Pérès avait fait la même démonstration quarante-trois
ans plus tôt, et contre Dupuis nommément : Comme quoi Napoléon n'a jamais existé (1827). « Ce
n'est qu'un personnage allégorique. C'est le soleil personnifié ». Les notes de l'édition désignent la
cible : « son adversaire Monsieur Dupuis ». [lu]
Lang (1897) : la réfutation méthodologique
Andrew Lang porte trois coups.
Le premier : le nom prouve ce qu'on veut.
« Every name has, if we can discover or conjecture it, a meaning. That meaning… is always capable
of being explained as an epithet of the sun, or of the cloud, or of both. […] Obviously this
process is a mere jeu d'esprit. This logic would be admitted in no other science. »
[lu — Custom and Myth, Introduction]
Le deuxième : le désaccord des savants comme critère d'objectivité. Sur une seule équation,
Athênê = Ahanâ, il aligne les opposants : Welcker, Benfey, Curtius, Preller, Furtwängler, Schwartz,
Bechtel. Et il conclut : « The method is called 'orthodox,' but, among those who practise it, there is
none of the beautiful unanimity of orthodoxy. » [lu]
Le troisième, et c'est le coup fatal : la double norme phonétique. Müller avait admis que les lois
phonétiques n'ont pas à s'appliquer aux noms propres avec la même sévérité. Lang cite l'aveu — « This
may be called backsliding » — et retourne le garde-fou :
« philological mythologists are actually trying to base one science, Mythology, on the still
shifting and sandy foundations of another science, Phonetics. […] Then, pleased with the scientific
exactitude of their evidence, they object to the laxity of ours. » [lu — Modern Mythology]
L'argument empirique le plus fort est ailleurs, et il tient en une image :
« all languages must have taken the disease in the same way. A Maori myth is very like a Greek myth.
If the Greek myth arose from a disease of Greek, how did the wholly different Maori speech, and a
score of others, come to have precisely the same malady ? » [lu]
Müller avait répondu qu'il y a « a rusty lock in New Zealand, and a rusty lock in Greece ». Lang :
« He does not take the point. »
Ce qui s'est réellement passé — et il faut être honnête
La formule courante veut que Lang ait terrassé Müller. C'est faux, et la source la plus complète le
dit.
« At the end of the long debate, it was Lang who gave ground. Modern Mythology finds him
curiously on the defensive… In revising his Myth, Ritual, and Religion, in 1899, Lang made such
extensive concessions that Hartland… averred Lang had delivered himself into his opponents' hands.
[…] Müller emerges with scarcely less honor than Lang ; the giants slew each other »
[lu — Richard Dorson, « The Eclipse of Solar Mythology », 1955]
Et la cause de l'éclipse est institutionnelle autant qu'argumentative : « The eclipse of the solar
theorists came in large part from the organization of the Folk-Lore Society in 1878… No Society of
Comparative Mythology was formed. » [lu]
Müller lui-même refusait l'antagonisme, dans une lettre à Lang de 1897 : « I never could find out why
I should be thought to be opposed to Agriology, because I was an aryologist. L'un n'empêche pas
l'autre. » [lu]
L'école a d'ailleurs survécu : en 1909, l'éditeur qui réimprime Müller — et la parodie de Littledale
dans le même volume — écrit : « I believe, however, that there is now a reaction taking place in
favour of the views advanced by Max Müller. » [lu]
Nuance capitale, et Lang y insiste lui-même :
« It seems to be commonly thought that the existence of solar myths is denied by anthropologists.
This is a vulgar error. There is an enormous mass of solar myths, but they are not caused by "a
disease of language," and — all myths are not solar ! »
[lu — Myth, Ritual and Religion, 1899, I, p. 135]
Et il met en garde contre toutes les clefs uniques, y compris celles de son propre camp : « The
history of mythology is the history of rash, premature, and exclusive theories. We are only beginning
to learn caution. » [lu]
5. Ce qui survit dans l'érudition sérieuse
Ce qui est tombé chez Frazer
La catégorie même de « dieu qui meurt et renaît » a été démolie. Jonathan Z. Smith :
« The category of dying and rising gods… must now be understood to have been largely a misnomer
based on imaginative reconstructions and exceedingly late or highly ambiguous texts. »
« In the first case, the deities return but have not died; in the second case, the gods die but do
not return. There is no unambiguous instance in the history of religions of a dying and rising
deity. » [lu — Encyclopedia of Religion 4:521-527]
Le schéma qu'il dénonce est précis : « an indigenous mythology and ritual focusing on the deity's
death and rituals of lamentation, followed by a later Christian report adding the element nowhere
found in the earlier native sources, that the god was resurrected. »
Sur Attis, la base probatoire de Frazer se réduit à deux textes — Firmicus Maternus (IV{sup}e{/sup} s.)
et Damascius (VI{sup}e{/sup} s.) — et Frazer concédait lui-même que Firmicus « does not expressly
mention Attis ». [lu] Smith : « the god is unidentified » ; et sur les Hilaria, « the sole text that
connects the Day of Joy with Attis is a fifth-century biography of Isidore… who reports that Isidore
once had a dream in which he was Attis. » [lu]
Le débat n'est pas clos pour autant. Tryggve Mettinger (2001) réhabilite partiellement Dumuzi,
Baal et Melqart. [recension] Mais le verdict le plus utile est celui de son recenseur :
« Mettinger's work fractures the very usefulness of the category 'dying and rising god'. […] a
god's 'resurrection' means vegetative, agricultural, or seasonal emergence… not the kind of
revivification imagined in the biblical tradition. […] a non-classification — a Christian
theological holdover » [recension : Frankfurter, BMCR 2002.09.07]
Sur le mithriacisme, les allégations populaires sont réfutées à la source : pas de naissance
virginale — Mithra naît du rocher ; pas de mages ; et « No ancient source records that Mithras
died, still less that he did so on a cross. » [lu — mithras.tertullian.org] Le 25 décembre
mithriaque est ce que Roger Beck appelle « that hoariest of "facts" ». [lu]
Ce qui tient, et qu'il faut concéder
Le Christ solaire est un fait de l'histoire chrétienne. Quatre pièces, lues en source primaire :
- Malachie 4,2 (Vulgate) : « orietur vobis timentibus nomen meum sol justitiæ ». Le symbolisme
est intérieur au corpus biblique.
[lu]
- Tertullien, Apologeticum 16, contraint de réfuter l'accusation : « others… believe that the
sun is our god. […] The idea no doubt has originated from our being known to turn to the east in
prayer. »
[lu] Le chapitre correspondant d'Ad Nationes s'intitule « The Charge of Worshipping
the Sun Met by a Retort ». [lu]
- Augustin, Sermo 190, prêche sur la lumière croissante au jour de la Nativité — et rejette
explicitement l'astrologie dans le même paragraphe : « Nec ita elegit diem, sicut eligunt qui
fata hominum inaniter de siderum dispositione suspendunt. »
[lu]
- Léon le Grand, Sermon 27, réprimande au V{sup}e{/sup} siècle les chrétiens qui, sur les marches
de Saint-Pierre, « turn round and bow themselves towards the rising sun ».
[lu]
Le sujet est réel. C'est son explication génétique par un emprunt qui ne tient pas.
Les parallèles gréco-romains, et le cadre qui les rend intelligibles
M. David Litwa documente sérieusement des parallèles réels — mais dans un cadre entièrement différent
de l'astrothéologie. Sa thèse : les évangélistes empruntent les conventions de forme
historiographique de la mythographie gréco-romaine, non des contenus.
Il énumère dix procédés d'historicisation : objectification, synchronie, syntopie, présentation
factuelle, présentation vive, rhétorique d'exactitude, rapports alternatifs, liens de causation
explicités, traces matérielles du passé. [lu — Bible and Interpretation, déc. 2019]
Sa formule : « early Christians did not "borrow" from so-called "pagan" others. Rather, Jews,
Christians and other hellenized peoples shared a "pre-understanding" of what divinity was in their
culture. » [lu — résumé de thèse, UVA 2013] Et ailleurs : « Models of simplistic borrowing are
jettisoned. » [lu]
Il n'est pas mythiste : « I'm on record as saying that ancient people never argued that Jesus
didn't exist. And I stand by this point. » [lu] Son chapitre premier vise « the most qualified
representatives of Jesus Myth Theory » et leur reproche « their sometimes naïve theory of
comparison ». [lu]
Et son critère méthodologique est exactement celui que l'astrothéologie viole : il est insuffisant
d'analyser « individual words, phrases, and ideas that are similar » mais « not necessarily
genetically related » pour prouver une causalité. [recension : BMCR 2020.05.26]
Le savant qui documente le plus sérieusement les parallèles est donc aussi celui qui disqualifie le
plus nettement la méthode qui les collectionne.
6. Grille de lecture : comment évaluer soi-même un argument de parallèle
La grille tient dans un article de treize pages, en accès libre : Samuel Sandmel,
« Parallelomania », Journal of Biblical Literature 81 (1962), pp. 1-13. [lu]
Sa définition :
« that extravagance among scholars which first overdoes the supposed similarity in passages and
then proceeds to describe source and derivation as if implying literary connection flowing in an
inevitable or predetermined direction. » [p. 1]
Il distingue trois opérations qu'on confond : des passages sont allégués parallèles ; une connexion
directe est supposée ; le sens du flux est conclu. Et il prévient : « I am not denying that
literary parallels and literary influence… exist. »
Les huit critères :
- L'étude de détail, pas l'énoncé abstrait. « it is in the detailed study rather than in the
abstract statement that there can emerge persuasive bases for judgment. »
- Le contexte contre l'extrait. « Two passages may sound the same in splendid isolation from
their context, but when seen in context reflect difference rather than similarity. »
- Le fond commun rend le parallèle insignifiant. « even true parallels may be of no great
significance in themselves. » — C'est le critère décisif ici. Dans un monde où « almost
everything in its period is astrological », un parallèle astral n'est pas une preuve de filiation.
- La tradition commune plutôt que l'emprunt direct.
- C'est le distinctif qui identifie, pas le commun. « There is nothing to be excited by in the
circumstance that the rabbis and Jesus agree that the healing of the sick is permitted on the
Sabbath. »
- Que fait l'auteur du parallèle ? « to make Paul's context conform to the content of the alleged
parallels is to distort Paul. »
- La quantité n'est pas la qualité. « The mere abundance of so-called parallels is its own
distortion, for the height of the pile misleads him who reads as he runs to suppose that he is
dealing with sifted material. » — C'est le mode opératoire exact de la liste : seize sauveurs
crucifiés, 346 analogies, vingt-quatre parallèles.
- La plausibilité du contact historique. « I am not prepared to believe that there was a bridge
for one-way traffic that stretched directly from the caves on the west bank of the Dead Sea to
Galilee. » Et la charge de la preuve : « I will not accept it as proved without seeing some
evidence for it. »
À quoi il faut ajouter deux règles issues de ce dossier.
La règle de Letronne, formulée en 1824 contre Dupuis, et qui reste la meilleure : « n'y appliquer
le compas de l'astronome qu'après les avoir regardés avec l'œil de l'antiquaire ». Son diagnostic :
« Dupuis, tout à la fois bon raisonneur et mauvais critique, n'a presque jamais fait entrer
l'élément historique dans ses combinaisons. » [lu]
La règle de Ruggles : « a claim that an ancient site is strongly related to astronomy, if based
on putative astronomical alignments alone, will nearly always be problematic because of data selection
issues ». [lu]
Et la généalogie du problème, qui explique pourquoi il est si tenace. La thèse du « décalque païen »
et l'apologétique de l'unicité chrétienne descendent d'une même polémique protestante
anti-catholique : Conyers Middleton, A Letter from Rome: Shewing an Exact Conformity Between Popery
and Paganism (1729) → Dupuis (1794) → les rationalistes du XIX{sup}e{/sup} → l'astrothéologie en
ligne. [lu, confirmé indépendamment]
7. Bibliographie commentée
À lire d'abord — gratuit, court, décisif
- Sandmel, « Parallelomania » (13 p., PDF libre). Toute la grille tient dedans. Point de départ
obligé.
- Littledale, « The Oxford Solar Myth » (1870), dans Echoes from Kottabos ou l'édition Palmer
de 1909. Quinze minutes. Le test de falsifiabilité en acte.
- Ruggles, « Establishing the credibility of archaeoastronomical sites » (3 p.). L'échelle en
quatre degrés : garde-fou du niveau 1.
- Swerdlow, Classical Philology 86 (1991), pp. 61-63. La meilleure démolition d'une lecture
astrale, par un historien de l'astronomie.
Les sources primaires — pour voir le mécanisme à nu
- Volney, Les Ruines, ch. XXII (Gutenberg ou Wikisource). Vingt minutes.
- Dupuis, Abrégé, ch. IX (Wikisource). L'origine documentée du dossier « 25 décembre ».
- Pérès, Comme quoi Napoléon n'a jamais existé (1827, Wikisource). L'antidote français, visant
Dupuis nommément.
- Graves, The World's Sixteen Crucified Saviors (Gutenberg #38600) — en lisant la note finale
du chapitre XVI, qui désavoue le livre.
- Lang, Modern Mythology (Gutenberg #14576). L'objection maori/grec.
Le niveau 1 — gratuit et solide
- Aubourg, BIFAO 95 (1995). En français, PDF libre. Double emploi : preuve d'orientation
stellaire réelle et réfutation de Dupuis sur son propre terrain.
- ORACC / SAAo, SAA 8 — 568 textes néo-assyriens, licence libre. À montrer plutôt qu'à décrire.
- mithras.tertullian.org — non universitaire, mais scrupuleusement référencé aux éditions
savantes. À utiliser comme index de citations, en remontant aux sources qu'il cite. Son auteur
est honnête sur ses limites : « These pages make no claim to scholarship. »
Payant, mais non substituable
- J. Z. Smith, Drudgery Divine (Chicago, 1990). Indispensable. Sa réception entière est en
accès fermé : ce dossier-là ne se contourne pas.
- Beck, The Religion of the Mithras Cult (OUP, 2006). Le « star-talk » : position majoritaire
actuelle sur le niveau 2.
- Rochberg, The Heavenly Writing (CUP, 2004).
- Litwa, How the Gospels Became History (Yale, 2019). Les parallèles réels, correctement
cadrés.
- Ulansey, The Origins of the Mithraic Mysteries (OUP, 1989) — à lire après Swerdlow, pas
avant.
- Buchwald & Josefowicz, The Zodiac of Paris (Princeton, 2010). L'histoire complète de la
querelle de Dendérah.
Avertissement : un scan de Drudgery Divine circule sur archive.org dans une collection de dépôts
non autorisés. Il n'a pas été utilisé pour ce dossier, et n'est pas recommandé.
8. Ce que je n'ai pas pu établir
Cette section est la contrepartie des précédentes. Rien de ce qui suit n'appuie une conclusion du
dossier.
Textes non ouverts
- Christ in Egypt (2009), pp. 167-175 — la lacune la plus gênante. C'est l'état final et le
plus documenté de la position d'Acharya S sur Louxor. L'exemplaire en accès libre est tronqué avant.
Tout ce qui est rapporté de son amendement vient de son site, pas du livre.
- Les planches gravées elles-mêmes — figure 7 de Higgins, planches 11, 12, 91, 97, 98 de Moor.
Seul le texte a été lu. Les affirmations de Higgins sur ce qu'il aurait vu au British Museum sont
invérifiables sans examen des images. À noter : Moor ne mentionne qu'une seule image marquée.
- Gayet, Le temple de Louxor (1894), la seule publication complète des reliefs — notices
bibliographiques confirmées, texte inaccessible.
- Brunner, Die Geburt des Gottkönigs (1964) — référence confirmée, texte non lu.
- Naville, Deir el-Bahari II, les planches du cycle parallèle — non consultées.
- Talley, The Origins of the Liturgical Year, et Roll, Toward the Origins of Christmas —
les deux ouvrages de référence sur l'hypothèse du calcul. Aucune citation directe. Roll n'est
connue que par trois notes de McGowan.
- Hijmans, Mouseion (2003) et Brill (2024) — seuls le résumé et la thèse de 2009 ont été lus. Le
recenseur de 2024 indique que les chapitres pertinents reproduisent la thèse « with only minor
adjustments », ce qui limite la perte.
- Litwa, How the Gospels Became History — jamais ouvert. Toutes les paginations citées
viennent de tiers, dont deux sources hostiles. À revérifier sur papier.
- Frank Manuel, The Eighteenth Century Confronts the Gods (1959) — accès restreint.
- Leslie Shepard, « The Anacalypsis of Godfrey Higgins — Precursor of H.P.B. », Theosophical
History 1 (1985) — désigné comme l'étude de référence sur la transmission Higgins → Blavatsky.
Non ouvert. À obtenir en priorité.
Faits non tranchés
- La recension de Suns of God par Robert M. Price : elle existe, mais son support académique
n'est pas démontré. Le Journal of Higher Criticism annonce sur son propre site que son dernier
numéro a paru à l'automne 2003 — or le livre est de 2004. Le seul exemplaire consultable est sur
le site de l'auteure, sans revue ni date.
- L'absence de recension académique de Suns of God : aucune trouvée dans Crossref ni signalée
par les deux inventaires critiques existants. Mais JSTOR et ATLA n'ont pas pu être interrogés.
La formulation correcte est « aucune recension repérée », non « il n'en existe pas ».
- La pagination de Casey (2014) — fond corroboré, page non ouverte.
- Le crédit d'Acharya S au générique de Zeitgeist (2007) — non vérifié. Ce qui est établi, c'est
la co-signature du Sourcebook en 2011.
- Une préface d'Acharya S à une réimpression de Kersey Graves — piste repérée, non confirmée. Elle
serait forte si elle l'était.
- L'attribution du texte de la sphère persique — Volney l'attribue à Aben-Ezra, Dupuis à Abū
Maʿshar. Les deux citent Blaeu de seconde main ; le Coelum poeticum n'a pas été ouvert.
- Une discordance de note chez Acharya S entre Hazelrigg et Anderson — constatée, non résolue.
- La réception de Higgins dans la presse non dépouillée — The Times, Quarterly Review,
Edinburgh Review, la presse libre-penseuse. L'absence de recension n'y est pas établie.
Précautions de méthode issues du travail
- L'OCR des imprimés à s long fausse systématiquement les millésimes. Une date lue « 1797 » s'est
révélée être 1779 après consultation de l'image. Aucune date de ce dossier ne repose sur l'OCR seul.
- Les éditions électroniques ajoutent silencieusement. L'édition en ligne du Natural Genesis
insère entre crochets une référence à Higgins absente des scans de 1883. L'édition Gutenberg des
Ruines développe des numéraux, ce qui rend une note introuvable par recherche plein texte.
- Les pages publicitaires des transcripteurs modernes ne sont pas le texte. Le nom de Blavatsky
apparaît dans un fichier de Massey — dans le catalogue de l'éditeur électronique de 2008.
En un paragraphe
La thèse astrothéologique n'est pas née d'une imposture. Elle est née d'un savant des Lumières qui
posait de vraies questions avec les données de son temps, qui séparait explicitement ses faits de ses
conclusions, et qui faisait fabriquer un globe pour que ses lecteurs le contredisent. Elle s'est
dégradée en trois temps : une rupture documentaire chez Higgins, qui fusionne deux objets et ignore
une explication qu'il a sous les yeux ; une rupture modale chez Graves, qui transforme une hypothèse
conditionnelle en fait numéroté ; et une clôture bibliographique chez ses héritiers, qui citent des
citations. Ce qui rend la chaîne indéracinable n'est pas la mauvaise foi : c'est que chaque maillon
a cité honnêtement le maillon précédent, et que le maillon d'origine — deux cents exemplaires à
cinq livres — était matériellement introuvable. La leçon n'est pas qu'il faut se méfier des
parallèles. C'est qu'un parallèle sans chaîne de garde n'est pas un argument.